Il y eut autrefois des survivants et survivantes de l’extermination des Juifs d’Europe pour inviter des victimes algériennes de Papon à la barre lorsque celui-ci eut à répondre des crimes commis au nom de l’État français sous Vichy. Ce fut historique, car en vertu de la loi d’amnistie votée par la jeune Vème République créée pour mater l’insurrection algérienne, Papon était protégé de toute poursuite concernant les crimes contre l’humanité et la torture en Algérie.
Certes, aucune des associations actuelles de lutte contre l’antisémitisme n’invitera des Palestiniens de France ou des musulmans au pourvoi en cassation que formera Eric Zemmour contre une décision qui ne lui semble encore pas assez laxiste dans la France d’aujourd’hui : 10 000 euros d’amende pour avoir tenu des propos négationnistes d’un niveau inimaginable sur de grands médias il y a quinze ans, c’est encore trop à ses yeux. L’Histoire, le respect des victimes de la France vichyste servile devant le nazisme, devançant les désirs des SS, à leur grande surprise parfois, on s’en fiche en 2025. Monsieur Zemmour n’a dit qu’un mensonge, finalement très mesuré, en affirmant que Pétain a sauvé des Juifs, quand les sionistes au pouvoir en Israël en sont à proclamer que ce sont les arabes qui ont poussé Hitler à exterminer les Juifs, quand des assassins et des génocidaires portent une étoile jaune en allant à l’ONU, profanant ainsi la mémoire des victimes juives de Hitler à qui cette étoile ne donnait, certes, que le pouvoir d’être fichées, traquées, interdites d’éducation, de travail, de s’asseoir sur les bancs, spoliées de leurs biens puis exterminées. Pas celui de commettre un génocide tout en se promenant aux Nations Unies pour y éructer des insanités racistes.
Finalement, Zemmour présentant le bourreau en chef de Vichy comme un sauveur de Juifs, en quoi est-ce le problème d’une musulmane ?
Pourquoi voler sa Shoah à Yvan Attal ? Sincèrement, je m’en passe fort bien, et je n’aimerais certes pas en venir à faire rougir de honte toute ma famille et susciter la colère de toute ma communauté en osant m’approprier les victimes du colonialisme pour ma petite boutique politique sanglante. Mais tout le monde n’a pas les mêmes valeurs.
Et l’on pourrait, à l’heure où les Palestiniens sont menacés de déportation ou d’extermination, en termes très clairs par Israël acter simplement des faits : la lutte contre l’antisémitisme en France en 2025, la législation antiraciste comme le discours public à ce sujet sont devenus le fer de lance de la répression contre celles et ceux qui contestent non pas la mémoire de crimes contre l’humanité, mais des crimes contre l’humanité en train d’être commis. Lorsque Serge Klarsfeld, dont les travaux sont justement la cible de Zemmour dans cette affaire, applaudit l’extrême-droite avec ferveur, la boucle historique semble bouclée et ne nous concerner en aucun cas.
Mais comme tout le monde, les musulmans ont le droit à l’Histoire, à la transmission de la vérité, surtout sur le sujet des génocides commis par les Européens. Et ce droit, nous l’avons, même si les sionistes nous le dénient, eux qui, par la voix de leurs associations et de leurs avocats, ont reproché à notre frère Elias d’Imzalene d’être allé devant le Mémorial des Insurgés du ghetto de Varsovie. Cela a fait partie des griefs soulevés par les avocats de la LICRA et de l’Observatoire Juif de France, car se recueillir pour les insurgés armés du Ghetto, c’était reconnaître ses propres projets antisémites violents, selon eux.
Notre Frère a été condamné à cinq mois de prison avec sursis pour avoir dit “Intifada”. Ses avoirs sont gelés, la spoliation des biens par le pouvoir exécutif s’ajoute à une condamnation, pathétique tentative de le priver de moyens et de soutiens avant l’appel.
Pour avoir nié les crimes commis par le maréchal Pétain et sa clique venue de tout le champ politique français, Zemmour, après six ans de procédure et deux relaxes, écope d’une amende que son mouvement paiera sans souci. Il le lui doit bien, car Zemmour, comme tous les négationnistes, sait ce qu’il gagne à aller volontairement au procès dans un pays qui s’est toujours montré très complaisant avec eux. La promotion de son récit.
Un récit qui va bien au-delà des seuls intérêts de l’extrême droite officielle en cette période où la France, ses intellectuels appointés, ses écrivains, ses polémistes, et une grande partie du champ politique, hurlent à la mort contre les Palestiniens avec Israël, par amour des Juifs disent ils. Pour être crédible, ce récit doit effacer le passé, impérativement : il faut faire oublier la participation de la France au génocide antisémite.
Pétain, le héros de la boucherie nationaliste de la Première Guerre mondiale, encensé par Macron pour sa première vie, doit être petit à petit exonéré de la seconde.
Alors, prétendre partout qu’il a sauvé des Juifs et surtout sur C News, c’est important. Les faits sont têtus et terriblement dégradants pour la France éternelle amie des Juifs dont on nous rebat les oreilles toute la journée, même au regard des autres pays européens sous la domination nazie. Il y eut deux pays dans lesquels une collaboration d’état fut officiellement acceptée : la France et le Danemark. Mais au Danemark, immédiatement, les autorités firent savoir aux nazis que les Juifs danois ne seraient pas déchus de leur citoyenneté. Les nazis acceptèrent cette décision-là jusqu’à mi-1943, où ils opérèrent des rafles massives. À ce moment, le gouvernement danois démissionna en bloc. En France, le premier statut des Juifs est décrété dès le 3 octobre 1940. Il n’y pas eu la moindre protection des Juifs français, les seuls dont Zemmour parle et pour cause.
Lorsqu’il tente d’inventer une “protection ” des Juifs français en arguant, avec une abjection absolue, que seuls des Juifs “étrangers “, moins humains sans doute, furent arrêtés par la police française, puis exterminés pendant la rafle du Vel d’Hiv, il oublie un léger détail de l’histoire : 3000 enfants nés de parents juifs étrangers, mais français, furent arrêtés. L’amende de 10 000 euros infligée à Zemmour estime donc à 3 euros et 30 centimes la mémoire de chaque enfant juif français raflé. Et à rien celle des autres : les étrangers, qui, il est vrai, étaient déjà l’objet de lois contre les immigrés de plus en plus dures à la fin de la 3ᵉ République et objets de campagnes xénophobes puissantes.
L’enjeu politique est là, en ce qui nous concerne : en 2025, la remise en cause du droit du sol est une banalité lamentable. Les camps d’internement des étrangers, en majorité musulmans, ne cessent de s’agrandir et font partie d’un quotidien européen, celui qui traite comme des criminels, des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont pas eu la décence de mourir noyés dans la Méditerranée. En 2025, même des députées visées comme palestiniennes et musulmanes sont menacées de déchéance de nationalité par des Ministres. En 2025, on ne répète pas la Shoah, on se contente de répéter l’histoire de France, celle qui amena la République et des socialistes à rejeter dans la catégorie des sous-humains même celui qui fut leur dirigeant le plus brillant, Léon Blum, et à voter les pleins pouvoirs aux ancêtres politiques de Zemmour, couchés devant les nazis.
En 2025, il n’y a pas à voler sa Shoah à Yvan Attal, il y a simplement à s’approprier l’Histoire, car elle est la nôtre.
Les mensonges de Zemmour, il faut le savoir, s’appuient sur une seule œuvre, celle d’Alain Michel, historien et rabbin en Israël : Alain Michel est un homme qui affirme que l’on ne peut librement faire de la recherche sur la Shoah et Vichy en France, que la “doxa “règne. Ça vous rappelle les discours négationnistes ? C’est normal, monsieur Alain Michel est un précurseur dans le domaine des amitiés franco-israéliennes, il ne se cache pas d’avoir rencontré le gendre de Pierre Laval et d’avoir été sensible à ses arguments.
Face à la démence des discours fascistes, face à l’union pour tous les génocides, nous avons l’Histoire à préserver : celle d’un pays profondément coupable et éternellement dans le déni de ses crimes, capable de se présenter en patrie de la lutte contre l’antisémitisme pour condamner des musulmans qui luttent contre un génocide, alors même que la France est une des patries de l’antisémitisme, dont les nazis lurent avec avidité les intellectuels.
Faut-il préciser que même si l’histoire des génocides n’était pas un savoir, mais une arme de guerre, nous ne la volerions désormais à personne et surtout pas aux sionistes ? De droite ou se disant de gauche, leur seule préoccupation, affichée fièrement, est, aujourd’hui, le destin d’un état génocidaire. Leur seul projet : attaquer l’antisionisme, avec le pouvoir macroniste, avec les fascistes, en s’acharnant, non seulement sur les musulmans, mais également sur les Juifs antisionistes à longueur de tribune, en leur déniant même le droit de faire vivre dans des colloques la mémoire de l’extermination des Juifs d’Europe, ou de projeter des films qui disent la vérité sur les nazis. La vérité historique, sa transmission aux masses ? Ils s’en moquent, donc.
Dans ce contexte historique, la lutte contre l’antisémitisme n’est pas un devoir pour les musulmans. Personne en France n’a à dicter aux victimes d’un racisme d’état, qui, à bien des égards, imite ce qu’il a toujours su faire, le devoir de faire autre chose que se défendre. Par contre, notre devoir et notre intérêt sont de préserver la mémoire de la sombre histoire française, de sa collaboration à un génocide, industrialisé froidement, sur son propre sol. Sombre histoire qui ne s’est jamais interrompue, juste exportée.