"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Nadia Meziane - page 5

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Nadia Meziane
PrecairE, antiracistE

Terrorisme d’extrême-droite: les faits et les “forcenés”

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni by

Frederik Limol ne comptera jamais officiellement dans les statistiques du terrorisme, même si ses trois victimes ont eu un hommage national. Il a pourtant abattu trois gendarmes, dans le cadre d’une résistance armée, manifestement anticipée de longue date, même si l’évènement déclencheur à savoir l’appel à la police effectué par une amie de sa compagne qu’il violentait n’a pas dépendu de lui. Mais le choix de la date précise du passage à l’acte n’est pas ce qui distingue le terrorisme du simple fait divers non politique. En l’occurrence, il est arrivé dans de nombreux attentats djihadistes que la date soit déterminée par des évènements extérieurs: par exemple, les attentats de Bruxelles ont eu lieu parce que leurs auteurs savaient avoir très peu de temps avant de se faire arrêter par la police qui les avait repérés. Plus globalement, on ne sait souvent pas très bien, dans le cadre d’attentats commis par les « isolés » de Daech, sans ordre explicite de l’organisation, ce qui détermine le jour où ils se décident à tuer. Il y a d’autres critères qui semblent cependant absents du crime de sang perpétué par Frédérik Limol et qui le distinguent même d’autres terroristes d’extrême-droite. Il n’a  laissé aucun manifeste, et personne ne peut être sûr, en l’état des informations données par le procureur de la République, s’il a agi ou pas en étant préoccupé seulement de motifs qu’il vivait comme personnels au moment du drame. Le problème politique ne réside donc pas dans le fait que son acte…

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Antisémitisme : comment l’idéologie du deux poids deux mesures nous a fait toucher le fond

in Antisémitisme/islamophobie by

Dans la mémoire des issus de l’immigration néo-coloniale, il est difficile de savoir si subsiste notamment chez les plus jeunes le souvenir d’un temps où l’on ne se comparait pas avec les Juifs, pour évoquer la discrimination, étatique ou autre, dont on est victime. Depuis au moins quinze ans, la banalité de ce réflexe s’est installée comme une évidence presque absolue et n’est plus guère questionnée, autrement que par le biais de la dénonciation du danger de se livrer ainsi à une relativisation de la Shoah et à un antisémitisme qu’un courant de pensée majoritaire dans les sphères intellectuelles de droite, mais aussi d’une partie de la gauche qualifie de « nouveau », en s’appuyant notamment sur les travaux de divers sociologues ou historiens du temps présent ou experts médiatiques de l’on ne sait trop quoi. Le sujet est donc abordé uniquement au travers de deux lignes. L’une consiste à dénoncer moralement un acte de comparaison, l’autre à en faire un symptôme de la dangerosité d’une partie de la population française. Utiliser la rhétorique du deux poids deux mesures, et montrer que les Juifs seraient « favorisés », protégés contre le racisme spécifique dont ils sont victimes et pas nous, permettrait de dessiner les contours des droits dont nous ne bénéficions pas, en creux, par contraste. Une bonne partie de ceux qui font cette comparaison, qu’ils soient ou non animés par des préjugés antisémites réels, le font cependant dans un esprit avant tout utilitariste. Affirmer que l’on est d’abord une…

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Derniers échos du Folklore de la Zone Mondiale.

in pandémie/Traces by

C’est une histoire de chaînon manquant. Une histoire anecdotique passée à la trappe de nos mémoires collectives, un bref laps de temps entre la grande histoire révolutionnaire inaugurée en 68 et puis les attentats de 86 et la chute du Mur de Berlin où émerge celle du nouveau paradigme érigé en récit explicatif, la guerre des Civilisations . C’est l’histoire d’un bref moment où une jeunesse arrive dans un monde où tout semble avoir déjà eu lieu et s’être échoué dans une banlieue pas encore objet d’histoire, dont on ne se revendique pas parce qu’il ne s’y passe rien. C’est l’histoire d’une jeunesse, au fond, pas si importante numériquement parlant, qui a écrit un destin bien peu historique, à l’ombre du mur de Berlin, symbole de l’échec du communisme, dans le sillage de parents ayant expérimenté toutes les transgressions possibles après 68 pour finalement divorcer et acheter un pavillon, tout en allant à des manifs un peu tristes pour le principe. C’est dans un bout d’éternel présent non identifié qu’une jeunesse décide de déclarer le futur impossible. Mais pas avec de grandes envolées tragiques, plutôt dans un joyeux bordel , dans un élan créatif où bizarrement, l’on jette aux orties toute issue positive tout en déployant une immense énergie créative et romanesque. Donc ça s’appelle Requiem pour un keupon, mais c’est tout sauf un requiem triste. Plutôt un carnaval des damnés et heureux de l’être. Une histoire de musique ? Comme disaient les parents , mais ce n’est pas de la…

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A l’école de la Pandémie, récit .

in Ecole/Instants/Mémoires Vives by

J’ai rédigé ce long récit début juillet 2020. Puis alors que le déni s’installait sur la poursuite de la pandémie, il m’a semblé inutile, redondant, paranoïaque, exagéré. Peut-être l’est-il, le témoignage subjectif sur cette pandémie ne pourra être validé que bien plus tard, lorsque les historiens feront leur travail. En attendant, alors que ce qui est appelé “deuxième vague” est enfin reconnu par les autorités et une grande partie de la population, sans que cela change quoi que ce soit à une politique sanitaire désastreuse,  ce retour dans le futur proche de l’école publique sera là comme trace parmi des milliers d’autres. Merci à toutEs les collègues, et à toutEs les élèves pour le courage, la solidarité, l’espoir . ________________________ Je vais commencer par la fin. Je suis AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap et si j’ai décidé que, finalement, raconter cette période avait un intérêt, c’est parce qu’elle s’est  terminée de manière tristement prévisible. Un matin de la  dernière semaine avant les vacances d’été, nous avons appris qu’un élève de ma classe avait été testé positif.  L’élève avait juste des nausées et il était donc absent depuis quelques jours. Ce matin là, finalement l’école a quand même ouvert. Des parents et des enfants attendaient devant la porte, et nous n’avions aucune consigne. En attendant, les élèves sont donc montés dans la classe comme à l’accoutumée. Puis une personne de la médecine scolaire est arrivée et s’est entretenue très longtemps avec l’enseignante. Un interrogatoire avec tableaux Excel, plus qu’un…

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Attentat contre la synagogue de Halle: un “loser” sanglant.

in Chroniques de la violence brune by

Au deuxième jour de son procès, entamé le 23 juillet, Stephan Balliet rit devant la vidéo de son attaque meurtrière contre la synagogue de Halle le 9 octobre 2019, attaque lors de laquelle il n’a finalement pu tuer « que » deux personnes, Jana Lange qui passait dans la rue, et Kevin S. qui déjeunait dans un kebab qu’il a mitraillé. Lorsque les juges et les familles des victimes s’émeuvent de ses ricanements, il dit qu’il s’amuse « seulement » de quelques unes de ses vannes, et pas spécialement de ses crimes, qu’il assume, cependant. Tout comme il assume d’être négationniste, et de penser que les Juifs doivent être exterminés car ce sont eux qui organisent le Grand Remplacement. Pourtant Stephan Balliet est profondément déçu de lui même. Déjà, dans la vidéo qu’il a diffusé en direct pendant l’attaque, il s’auto-dénomme « le loser » parce qu’il n’ arrive pas à faire sauter la porte de la synagogue pour perpétuer un massacre. Stephen Baillet a 28 ans. Et pour lui, réussir sa vie, c’était parvenir à tuer un maximum de Juifs, le jour de Yom Kippour. C’est du moins ce qu’il a mis tout en haut de sa liste de « réussites », faite à la manière d’un barème de jeux vidéos permettant d’obtenir des badges ou d’accéder au niveau supérieur. Il en avait listé 25 plus un malus, si jamais il se blessait lui-même. La liste qui clôture le manifeste posté sur un forum suprémaciste et sur le Dark net, est rédigée comme suit. Les ”…

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Damien, Thaïs, Brenton et les autres, ou le Fabuleux Destin de la Haine propre sur elle.

in Chroniques de la violence brune by

On peut tracer plusieurs filiations militantes, plusieurs échos activistes à l’évènement qui eut lieu à Poitiers en 2012. Lorsque des militants du Bloc Identitaire, plutôt jeunes, plutôt bien équipés en matériel de communication, plutôt intelligents et modernes dans leur conception de la politique décidèrent d’entrer sur le chantier de la mosquée de Poitiers, de s’y livrer à des gestes de provocation soigneusement révélés à la presse , comme « pisser sur les tapis de mosquée », puis de déployer leur banderole raciste sur le toit. Après avoir prévenu eux-même , non seulement la presse, mais le commissariat. C’est une démarche habituelle du Bloc Identitaire, jouer la minorité courageuse prête à affronter une horde d’envahisseurs , mais négocier dans le même temps une protection et une sortie tranquille avec la police, comme ce fut le cas lors de l’intervention de la next generation sur un toit à République face à la manifestation antiraciste du 13 juin. La filiation la plus évidente pourrait être celle-là. De Génération Identitaire à Génération Identitaire. De la légende de Damien Rieu, gosse de foyer où il eut à souffrir parce qu’il était « fier d’être blanc » ( légende un peu contredite par ses éducateurs qui ne l’avaient pas tellement remarqué), à Thaïs d’Escufon, dans le rôle de la fragile et sincère, presque en larmes distillées sur You Tube de s’être fait traiter de nazie par les vilains gauchistes, alors que zut à la fin, elle dénonçait seulement le “racisme anti-blancs”. Concept qui ne fut pas développé initialement par le…

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Pangoline Rouge, notes de pandémie

in Instants/Mémoires Vives by

Pangoline rouge, jour 1 16 mars 2020 Est sortie en courant pour remercier les éboueurs, leur a dit vous êtes des héros en levant le poing. Est passée pour la meuf en manque de câlins, à mon avis. A créé une brigade d’autodiscipline de deux unités avec une dame aide à domicile dans la queue de Lidl. Expliquer calmement que quinze personnes séparées de deux mètres ne feront pas plus la queue que quinze personnes collées. A laissé passer quatre personnes devant soi, pour le plaisir de dire “Je suis communiste c’est normal” S’est embrouillée avec une dame intégriste musulmane et un vieux con qui citait la Bible, pour conneries homophobes apocalyptiques. A dit que Dieu a dit que les mesquins seront punis et les gentils sauvés et qu’en attendant Dieu, les communistes allaient s’en occuper. Après mon frère est arrivé, et a dit allez on rentre maintenant, alors que j’envisageais de rester la journée à prêcher, vu la concurrence des autres prophètes. Pas grave y’a internet, occuper tous les terrains Pangoline Rouge jour 2 17 mars 2020 Contente qu’il y ait aussi Le Chien. Le frère l’avait récupéré bébé , trouvé dans une cave de cité avec une chatte et ses bébés. Contente du un milliard de souvenirs comme cela qui vont revenir. Rien de communiste à dire. À part ce désir de ne pas en vouloir aux gens qui ne pensent qu’à eux et font n’importe quoi. Car c’est ainsi que la vie leur a été apprise, il…

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Des Turner Diaries à Christchurch, le fil Blanc du suprémacisme

in Chroniques de la violence brune by

Earl Turner. Brenton Tarrant. Deux tueurs . Le premier n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination d’un militant néo-nazi, auteur d’un roman longtemps oublié, mais est l’archétype anticipé de tous les pèlerins du Néant qui assassinent au nom du suprémacisme blanc. Le second croupira sans doute en prison toute sa vie après avoir assassiné de sang froid des centaines de personnes à la mosquée de Christchurch (1). Mais son manifeste est devenu un Mythe, et fait de lui le chef spirituel et le mentor dont les meurtres sont désormais un modèle pour des centaines de milliers de jeunes hommes, dont certains n’ont pour ambition que de l’imiter au plus vite. Il y a encore quelques années, lire les Turner Diaries donnait le sentiment de se plonger dans une curiosité archéologique. Un objet répugnant sorti d’un quelconque cabinet des curiosités de collectionneur passionné par les sectes d’extrême-droite. L’une des bibles des suprémacistes blancs était alors uniquement connue sur les souterrains de l’internet, un best steller de l’underground néo-nazi depuis sa parution en 1978. La chose semblait une imitation maladroite de la SF politique et apocalyptique plutôt de gauche des seventies. Du roman de gare, les Turner Diaries (2) ont le style médiocre, les rebondissements convenus, et les personnages très pauvres, n’y manque même pas la secrétaire modeste mais efficace tombant amoureuse du héros viril. Les Turner Diaries, au départ, étaient difficilement lisibles autrement que comme le pensum minable d’un obsédé raciste, un roman où les extra-terrestres sont remplacés par les Juifs et…

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Sarah Halimi, une mémoire isolée par nos antiracismes divisés.

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni by

Seule, Sarah Halimi. Comme d’autres victimes de crimes antisémites. Seule à cause d’un antiracisme qui ne sait plus être universaliste. Depuis la date de son assassinat, un double mouvement l’exclut, comme tant d’autres, de la solidarité avec les victimes de crimes racistes qui se succèdent dans ce pays. Ce mouvement est d’abord une absence de mouvement, assez ordinaire, malheureusement, dans une partie du champ antiraciste. Un certain regard. Un regard sur une « Juive ». Qui était Sarah Halimi ? Une habitante d’un quartier populaire, où les issus de l’immigration sont nombreux. Une femme aux revenus suffisamment modestes pour être locataire d’un HLM, au milieu d’une zone urbaine où l’accès aux services publics même au cœur de Paris devient limité. L’histoire terrible de la soirée qui a conduit au meurtre de Sarah Halimi est aussi l’histoire de la police qui n’intervient pas assez vite, malgré les appels, malgré sa présence sur les lieux. Une histoire que beaucoup d’habitantEs des quartiers populaires connaissent, même si elle ne se termine pas toujours de manière aussi atroce. Si Sarah Halimi avait été arabe, ou noire, issue de l’immigration, son nom aurait été immédiatement ajouté à celui des crimes racistes non pris en compte par les autorités publiques. Pour elle nous aurions dit les mots que nous disons toujours, et les plus radicaux d’entre nous auraient évoqué le racisme d’état. ToutEs, nous aurions en tout cas dénoncé l’indifférence face au meurtre d’une femme, le déni de son caractère raciste, d’abord total, puis le racisme mis au second…

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Dieudonné, bilan provisoire

in Chroniques du déni/Mémoires Vives by

Dix sept ans après ses premières déclarations publiques antisémites, que reste-t-il de Dieudonné ? Quelle mémoire de sa longue histoire politique ? Aujourd’hui, l’homme défraie surtout la chronique judiciaire, tout comme Alain Soral. Les condamnations pleuvent, à la fois pour infraction à la législation antiraciste, mais aussi pour fraude fiscale. Mieux que le FN, du Ni Droite Ni Gauche fasciste Une victoire antifasciste ? Tout dépend de quoi l’on parle. S’il s’agit simplement de punir l’expression de la haine oui. S’il s’agit de la combattre, il est de toute façon trop tard. Soral et Dieudonné ne sont plus des stars. Pour plusieurs raisons: comme beaucoup de leaders d’extrême-droite, ils n’ont pas réussi à gérer leurs apprentis et successeurs. Soucieux de tenir le haut du pavé d’une main de fer, de récupérer tous les bénéfices de leur idéologie, ils se sont d’abord brouillés, le plus souvent pour des questions de prestige ou de bénéfices matériels avec la majorité de leurs équipes initiales. Ahmed Moualek, Salim Laibi, Marc Georges, Olivier Mukuna qui animaient tous les satellites de la mouvance dieudonniste se sont affrontés avec fracas à leurs anciens camarades, en profitant pour dévoiler leurs arnaques diverses et variées. La génération suivante, du Raptor Dissident à Vincent Lapierre a fait de même, ne voulant pas rester à l’ombre des grands frères. D’autres sans se brouiller officiellement sont allés rejoindre des officines de Poutine et mener une carrière plus sûre. Mais justement, Dieudonné a eu une immense progéniture politique. Pas seulement des individus mais aussi un héritage…

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